Alexandre Saint-Bois


Roman érotique gay, inédit


Moi Julien, 26 ans, gay et prostitué
ou
le journal d'un ange perdu









.


1.

 

 

 

 

J’ai rencontré Julien un soir de grisaille. Un début de soirée d’automne. Dehors, il faisait froid. Inlassablement, la pluie ennuyeuse et déprimante tombait régulièrement depuis le petit matin. Les passants aux pas pressés s’évitaient entre eux cherchant aussi à éviter les gouttes de pluie froides et glacées qui leur tombaient dessus. J’étais installé dans un coin de la salle du fond un peu moins éclairé que le reste du bar. La musique en sourdine m’accompagnait dans mes pensées. Des pensées confuses emmêlées de désirs, de rêves et de réalités. Le gros de la clientèle était accoudée au comptoir à torcher rapidement en levant du coude de l’alcool anisé. Un petit groupe de quatre personnes parlait fort. Ils faisaient, défaisaient et refaisaient le monde à l’heure de l’apéro. Certaines brèves de comptoir sont tellement  stupides  que je préférais être un spectateur imperméable à toutes ces insignifiances. Ce brouhaha faisait partie de l’ambiance. Je l’acceptais.

 

Il est entré, les cheveux mouillés en bataille, il a balayé du regard le fond de la salle et s’est installé au coin opposé au mien, juste en face. Toujours perdu dans mes pensées, je le regardais sans le regarder. Il venait de se fondre dans le décor. Sa tenue décontractée et son jeune physique me laissaient penser qu’il devait avoir à peine 25 ans.  Le regard triste, perdu dans des pensées que j’imaginais moroses et nostalgiques ; il commanda un chocolat chaud qu’il bu à petites gorgées sans réelle passion. Il fixait la page d’un livre qu’il venait d’ouvrir. Je l’observais depuis un bon moment déjà. Il fixait toujours la même page. Je ne sais pas pourquoi, mais un élan incontrôlable me poussa à me lever de ma chaise et à aller m’asseoir à sa table.  Il leva les yeux. Des yeux tristes et humides. J’ai pas pu m’empêcher de lui lancer une banalité du genre : « Vous avez l’air triste… . » Je regrettais à peine ma boutade qu’il rajouta : « J’ai l’air… mais j’ai aussi la chanson ».  Je venais de me rendre compte que mon intrusion dans l’émotion du moment de ce garçon était déplacée. « Je suis désolé de vous déranger, j’avais simplement envie de vous parler, mais je vois que ce n’est pas le moment… ».  Il essuya une larme et eut un petit sourire au coin des lèvres. « J’vous assure, vous ne me dérangez pas, vous pouvez rester, je crois que moi aussi j’ai envie de parler… . »  Je lui répondis par un sourire complaisant. Mon regard se posa sur le livre ouvert devant lui, l’objet de sa souffrance. Il était ouvert en son milieu sur un cahier d’album photo. La photo représentait un homme jovial et souriant. Il posait devant le photographe pour un cliché souvenir. J’en déduisis que cet homme était l’auteur du livre. En le désignant du doigt, je demandais au jeune homme si il le connaissait. Il me répondit que oui. J’en concluais qu’il représentait à ce moment précis la source de son chagrin. « C’est lui qui vous met dans cet état-là ? »  Il hocha d’un signe de la tête. En retournant le livre pour mieux voir la photo, je compris tout de suite de quoi il en était. Je venais de prendre une claque dans la gueule. C’était le portrait et le livre du célèbre sociologue Marcel Pérone. Célèbre dans son domaine et célèbre pour le grand public car il était très médiatisé. Il ne ratait pas une émission de télévision pour développer sa thèse et défendre son dernier bouquin. Je l’ai récemment vu à la télé dans une émission sur la sexualité. Son dernier livre en date : « L’amour n’a pas de sexe » Livre dans lequel il défendait l’idée bien sur que l’amour n’a pas de sexe dans le sens où l’on peut rencontrer et aimer d’amour une personne sans que ce soit un choix sexuel. La sexualité étant aléatoire, elle se définit ensuite comme un acte naturel voire comme un acte instinctif. Les contradicteurs présents sur le plateau s’indignaient sur la naïveté des propos du professeur Pérone, notamment un représentant de la ligue « Gays et lesbiennes, égalité pour tous » qui affirmait haut et fort que le choix amoureux d’une personne était avant tout un choix sexuel, qu’il soit hétéro, gay ou lesbien.  Après ce débat télévisé sans grand intérêt pour l’élévation spirituelle de l’humanité, le professeur Pérone a vu ses ventes monter à plus de trois cent mille exemplaires.

La dramatique du moment ne m’inspirait pas à dialoguer sur le sujet du livre avec Julien. Depuis ce matin, toutes les radios et les télévisions annonçaient la disparition du professeur Pérone, mort accidentellement dans un accident de hors-bord au large des Caraïbes. J’avais du mal à faire le rapprochement avec le professeur et Julien. Je ne voyais rien de très précis. Je pris le risque de lui demander, sans trop y croire : « Vous le connaissiez ? »  Il me répondit un oui plein de mélancolie. Il termina son chocolat, ramassa le livre et se leva pour partir. Un peu surpris par la réaction du jeune homme, je me suis levé aussi en lui présentant ma carte de visite.  « Je vous trouve très fragile en ce moment, tenez, prenez ma carte et si vous avez envie de vous confier à quelqu’un, n’hésitez pas, appelez-moi, je serai heureux de vous revoir… » Il prit la carte, la glissa dans le livre et disparu sous la pluie.

Le surlendemain, un message sur mon répondeur disait ceci : « Bonjour monsieur Saint Bois, c’est Julien. Nous nous sommes rencontré l’autre soir dans un bar. J’aimerai vous revoir… Vous pouvez m’appeler au … »

Le rendez-vous a été pris l’après-midi même chez moi.  Il est arrivé vers quinze heures, habillé de la même façon que l’avant veille, mal rasé et l’air toujours aussi triste. Après les politesses d’usages, il s’est présenté et m’a raconté une grande partie de sa  courte vie :

- « Je m’appelle Julien, j’ai vingt-six ans. Je suis homosexuel et je…me prostitue. »  Le décor était posé. Sa voix tremblotait un peu. Il venait certainement de dire des choses qu’il n’avait jamais dites à personne, aussi franchement, directement, froidement, ainsi, comme si il se parlait à lui-même, comme s’il s’avouait à voix haute sa propre vérité et sa vérité était dure à entendre. Moi qui, confortablement assis devant mon ordinateur, je créais des personnages, j’inventais des vies particulières, des histoires scabreuses, violentes ou érotiques. Je partais souvent dans des délires fantastiques et imaginaires. Je me complaisais souvent, dans mes livres érotiques, à soigner mon style pour décrire un sentiment, une sensation, une caresse, une pénétration ou une éjaculation. Je décortiquais des situations conventionnelles, des événements prétendus vécus, des personnages presque ordinaires, d’autres exceptionnels, des scènes de sexes usées ou faciles pour l’amateur avisé de littérature érotique ou de films pornographiques. Je me disais à l’instant que devant moi j’avais la dure réalité de la vie. Ce gamin venait de me balancer en pleine figure et en quelques mots sa dramatique à lui : Je suis homosexuel et prostitué… Toute sa souffrance était concentrée dans cette lourde phrase, la difficulté d’être, d’exister : Je suis homosexuel… et le monde impitoyable dans lequel il pataugeait : … et prostitué !   Un homme de joie… Un fossoyeur de la sexualité…Un ange du sexe… La suite fut un concentré sur les grandes lignes de sa vie qu’il voulait bien me témoigner. Son franc parler manquait de vocabulaire. Bien souvent une courte phrase était chargée de sens et d’expériences. Je me suis autorisé à le retranscrire à ma manière, sans rien ajouter, autant que ma mémoire me permettait de retenir ce qu’il m’avait dit. Il disait à peu près ceci :

    - «  Je ne cherche pas à me justifier. Ce qui m’est arrivé quand j’étais adolescent a certainement influencé ma vie d’adulte. Les mauvaises histoires ont toutes une influence sur ses propres choix et sa façon de vivre. Il y a dix ans, j’étais au lycée. Je préparais un diplôme en architecture. Je voulais être architecte. Mon père, ce con, s’est flingué ! On n’a jamais su pourquoi. Je lui en veux encore aujourd’hui. Maman aussi. Elle n’en parle jamais, mais je sens qu’elle lui en veut encore. C’est à cette époque que j’ai commencé à déconner. J’avais quinze ans. Je me foutais de mes études, mes notes étaient délirantes, je m’engueulais tout le temps avec mes profs et mes copains de classe. Avec le recul, je me rends compte que j’étais devenu un rebelle, que je refusais l’autorité et que j’emmerdais tout le monde. Les seules choses qui m’intéressaient, c’était fumer des clopes, j’ai même touché à la drogue. Je m’en suis défait rapidement, je ne trouvais rien d’intéressant à fumer du hasch. Je parle des effets que cela procure. Je préférais boire, c’était plus agréable et plus convivial. Dans cette période, j’ai aussi découvert le cul. Je draguais comme un malade toutes les filles qui croisaient mon chemin, je baisais comme un fou celles qui acceptaient. Prêt à faire de nouvelles expériences, j’en suis venu naturellement à baiser avec des mecs. Au début, j’étais un peu troublé de toucher un garçon. J’ai pu faire la différence entre une relation hétéro et une relation homo. Avec une fille t’es maître de la situation. La fille se laisse faire, tu dois lui donner du plaisir. T’es là pour ça. Avec un mec c’est différent. Le plaisir est le même, ce qu’il peut te faire, tu peux le lui faire. Tu joues avec son corps comme à une fille et lui il peut jouer avec le tien comme une fille ne saura jamais le faire avec toi. Les rapports sont francs. Sans ambiguïtés. C’est baiser pour baiser. Il n’y a pas de rapport de force. C’est prendre le plaisir à l’état brut. Avec une fille c’est plus fleur bleue. Tu lui donnes du plaisir mais en même temps tu te sens responsable et tu deviens protecteur. Les filles aiment beaucoup se sentir en sécurité, protégées par leurs mecs. Entre mecs, y’a pas vraiment de sentiments d’amour et encore moins de possessions. Et puis il y a ce mystère de l’orgasme féminin. L’orgasme multiple. Chez un mec, t’es vachement excité, tu bande, tu jouis et c’est fini. Chez une fille, si elle est prête, elle peut avoir deux ou trois orgasmes et parfois plus. Si elle a déjà décollé une fois ou deux, parfois une étreinte ou un doigt bien placé suffit à en déclencher un autre… C’est fou. Pire encore, il parait qu’ils sont tous différents. Alors que chez un mec, ils sont tous pareils.

    Evidement j’ai pas eu mon bac. J’ai rien dit à maman. Je lui ai fait croire que je l’avais et que je voulais continuer mes études pour me spécialiser. Le problème c’était que la seule école où j’avais trouvé de la place se trouvait à deux cent kilomètres de la maison. Encore un mensonge. Elle a accepté et m’a aidée financièrement. J’ai profité de son aide pour m’éclater dans cette grande ville pendant deux ans. J’ai tout fait. Les pires conneries que peut faire un gosse de dix-huit ans livré à lui-même. Je sortais tous les soirs en boite. La drague, la baise, les coins chauds, les backrooms, les saunas et tout le reste… J’étais un client fidèle de ces endroits. La baise la plus facile c’était les endroits à mecs. Au bout d’un moment je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de succès avec mon cul. Ils étaient tous intéressés par mon physique et mon cul. Certains types qui me draguaient, me proposaient de l’argent en échange d’une enculade.  J’ai fini par accepter de me faire payer. Au début je me suis fait beaucoup d’argent, j’ai justifié ce fric à maman en lui faisant croire que je bossais en dehors des cours dans un restaurant. J’avais aucune idée de ce que pouvait gagner un serveur. Elle me disait que j’étais bien payé, ce qui l’a soulagée. Elle n’était plus obligée de m’aider. D’après elle je devenais indépendant financièrement. Elle en était fière. Bosser à l’école et travailler dur le soir et le week-end pour m’en sortir, elle disait que j’étais sur le droit chemin. Dans mon mensonge, je la rendais heureuse. Le problème pour moi, puisqu’elle ne m’aidait plus financièrement, c’est que j’étais obligé de tapiner un peu plus pour m’assurer un revenu suffisant pour vivre. J’étais tombé dans un cercle vicieux. Je ne savais rien faire d’autre. J’étais donc obligé de tapiner, d’en faire mon métier. Gagner de l’argent en vendant son cul, c’est plus facile et plus lucratif que de bosser à l’usine  pour cinq mille balles par mois. Je ne me plains pas, j’aimais ce que je faisais et j’aime toujours ce que je fais. Avec le temps et l’expérience, je me suis fait un cercle fidèle d’amis-clients. Une clientèle masculine et féminine que je rencontre régulièrement sur rendez-vous. A côté, je ne peux pas m’empêcher de tapiner de temps en temps. Juste pour le jeu de la séduction. Je crois surtout que je tapine pour le plaisir de choisir le client et pas l’inverse. J’aime bien dire non à un client qui ne m’intéresse pas. Ce change les règles du jeu. »  

     - «  Ca vous ennuie de me parler du professeur Pérone ? L’autre jour vous donniez l’air de le connaître… »


 

« Oui, je le connaissais. C’était un de mes fidèles clients. Plus ami que client, mais il ne pouvait pas s’empêcher de me donner de l’argent. Il me disait que de payer pour ce qu’il faisait, ça l’affranchissait. J’ai compris plus tard qu’il avait peur de s’attacher, alors qu’en me payant il posait la barrière de l’argent et comme ça il conservait sa liberté et en plus il déculpabilisait. Il s’offrait même quelques petits fantasmes qu’il n’aurait jamais osé faire dans une relation normale. Je crois que c’était un pédé refoulé. Il devait refuser d’admettre qu’il était homosexuel comme la plus par des mecs. J’ai beaucoup de clients comme lui. Je crois que 80% de ma clientèle masculine est une clientèle hétéro. Avec Marcel c’était pas facile. Pas pour le cul, je veux dire. Pour le côté relationnel. Il ne parlait jamais de lui et il ne répondait jamais aux questions. Par contre qu’est-ce qu’il en posait lui des questions… C’était sa façon à lui de me montrer un peu d’affection. Il me posait des questions sur tout, sur ma vie, mes parents, mes clients… ce qui l’intéressait le plus, c’est quand je lui parlais du tapin. De mes rencontres, du premier contact, des exigences des clients, ce qu’ils aimaient faire et de ce qu’ils aimaient que je leur fasse, enfin tout, tout dans les moindres détails. Un jour il m’a dit : « Tu devrais écrire ton journal. Tu consigneras tout ce que tu as fait dans la journée. Même les choses les plus banales, les plus insignifiantes, tu les noteras…tes impressions, tes sentiments, tes plaisirs, tes douleurs…tout ! » J’ai répondu que c’était idiot, que j’avais aucun talent pour écrire et que ma vie n’intéressait personne. Il m’a répondu que lui était intéressé pour son travail. Qu’il avait besoin de comprendre les personnes qui se prostituent et surtout ceux qui payent pour baiser. Il avait un projet de livre sur le sujet. Alors je lui ai promis de faire quelque chose. J’étais pas très chaud, mais j’ai commencé au mois de juillet dernier. Au début c’était pas facile. Le plus dur c’est de commencer, après on se prête au jeu et ça va. Il est venu me rendre visite début août, juste avant que je parte en vacances.  J’ai annoncé la bonne nouvelle et il a refusé de lire ce qui était déjà écrit. « C’est trop tôt Julien, un mois c’est trop court. Je préfère attendre la fin de l’été. Continue d’écrire. Je dois partir en vacances aux Caraïbes à la fin du mois de septembre, je rentre fin octobre, je viendrai te voir et tu me montreras ce que tu as fait. D’accord ? »  Vous connaissez la suite…Il n’est pas revenu. »

 

    Marcel Pérone est bien rentré des Caraïbes, mais allongé dans une belle boite en  chêne.

    - «  Vous continuez la rédaction de votre journal ? »

    - « Non, j’ai arrêté le jour où j’ai appris sa mort. Je peux plus écrire, je ne peux pas m’empêcher de penser à lui, alors j’écris plus… »

    Il serrait fermement contre lui un sac en plastique. Je devinais à l’intérieur du sac la présence d’un grand cahier d’écolier. Sûrement son manuscrit. Il n’osait plus rien dire, plus rien faire. Il était temps d’arrêter son supplice. Il avait souhaité me voir, c’était sûrement pour soulager sa conscience mais aussi pour se soulager d’un manuscrit devenu encombrant  pour lui.

     « Ca vous ennuierai de me faire lire votre journal ? »

    Une petite étincelle venait de s’allumer dans son regard. Il me tendit le sac en plastique et ce qu’il contenait. J’eus la pudeur de ne pas sortir le cahier.

    - « Merci de votre confiance. Je vous promets de le lire et de vous donner mon opinion. Par contre, je vous sens très impliqué dans la rédaction de ce journal. Je n’ai pas de conseil à vous donner, mais je pense qu’il vous serait bénéfique de reprendre sa rédaction. Vous voulez bien ? » 

    Il acquiesça en souriant. Nous nous quittâmes. Lui, les poches pleines de courage, et moi, lecteur du journal que voici :  

 

  2.

 





Il fait chaud. Je ne sais pas quoi écrire. Pourtant  je me suis avancé. J’ai promis. J’avais promis de m’y mettre. Je ne sais pas par où commencer. Bien, je me lance et même si c’est mauvais, tant pis pour lui. J’avais promis


Je me suis levé à 11 heures. Un peu la gueule de bois. Normal, j’avais picolé hier. J’ai tapiné trois fois dans la soirée. J’ai baisé trois fois et j’ai picolé trois fois. Quand je dis « j’ai baisé » Je devrais préciser « je me suis fait baiser » plutôt !  J’ai bu du whisky. Je ne sais pas si je dois raconter ce que j’ai fait mais j’ai eu trois clients. Trois coups à 50 Euros chacun. Le premier vers minuit. Il m’a accosté au comptoir de la discothèque. Il avait l’air pressé. « Une urgence, qu’il m’a dit. « Je bande comme un con et je dois me vider les couilles. C’est combien ? » Une fois arrivé dans les chiottes, j’ai pas eu le temps de dégrafer mon pantalon que le sien était déjà sur ses chevilles. Il bandait raide.  Il m’a retourné et m’a aidé à baisser le mien. Il a enfilé un préservatif et m’a pénétré violemment. J’ai eu mal. L’enculé, j’ai eu très mal. Dix secondes plus tard, il avait fini son affaire. Il était pas vraiment pressé, il était surtout pressé de baiser. En  remontant  sa braguette, j’avais eu le temps de voir qu’il portait une alliance au doigt. Il était marié et son urgence à lui était de se faire le cul d’un mec. Peut-être que sa femme refuse…J’étais dégoûté. Mais bon, je ne vais pas faire la fine bouche, un client c’est un client, marié ou pas marié, c’est mon job. J’avais bien mérité mes 50 Euros.

Je me suis consolé avec deux whiskies. Un peu plus tard dans la soirée, je dansais sur la piste au milieu d’une foule nombreuse, j’ai senti une main racoleuse sur mes fesses. C’était un mec, la cinquantaine, ses yeux brillaient. J’ai retiré sa main de mes fesses et je lui ai glissé à l’oreille mon tarif. Sans tiquer il m’a répondu : "Ok ! Je t’attends dans les chiottes !"  Une fois enfermés dans la cabine, il s’est collé à moi. Il voulait me rouler une pelle. Il sentait la clope et l’alcool. Je me suis reculé en lui disant que j’embrassais pas. Il a baissé mon froc et m’a retourné. Il s’est baissé et cherchait à me bouffer le cul. Je l’ai laissé faire. Quand  j’ai senti sa langue humide sur mon anus, j’ai failli éclater de rire en pensant que je devais pas être très propre de ce côté-là à cause de l’autre qui m’a sodomisé tout à l’heure. Tant pis pour lui, s’il veut faire le ménage… Il était arrivé à m’exciter. Je bandais dur. En passant sa main sous mes jambes, il s’en était rendu compte. Maintenant il me suçait le cul en me branlant la queue. Il m’a retourné et m’a sucé la queue. Ce type n’était pas comme les autres. D’habitude ils me payent pour m’enculer. Les pédés entre eux se font plein de choses. Ils se sucent la queue, le cul et plein d’autres choses encore. Ils se sodomisent pas toujours ou pas tout le temps, parfois, jamais. Alors les frustrés du trou de balle viennent me voir et me payent pour m’enculer, juste pour se payer un cul.  Un tapin, c’est fait pour ça, pas pour être sucé.  Celui-là me faisait l’amour comme s’il m’avait dragué. Il s’est relevé, m’a montré fièrement sa queue bandée et m’a dit : Suce-moi !  C’est ce que j’ai fait. Il était content. Puis il a rajouté : si tu veux bien m’enculer, je te donne deux billets. Alors là, j’étais le cul parterre. Ca m’était jamais arrivé qu’un client me demande que je l’encule, je parle du tapin, avec mes clients à la maison c’est pas pareil. J’ai mis un préservatif et je me suis mis au travail. Un peu plus tard dans la nuit, mon troisième client m’a sodomisé sur le parking de la boite, couché sur le capot d’une berline allemande.

Lessivé, je suis rentré me coucher à quatre heures du matin. Sur mon répondeur il y a deux messages. J’ai pas envie de les écouter. Pas maintenant. C’est sûrement des clients qui veulent me voir. Sur le moment, j’ai envie de prendre un cachet effervescent pour m’enlever mon mal de but.

 

Présentation

  • alexandre.saint-bois
  • : Moi Julien, 26 ans, gay et prostitué
  • : Les personnages de ce roman n'ont jamais existé ailleurs que dans les pages de ce livre. Si le lecteur juge cependant qu'ils ressemblent sous certains aspects à certaines personnes réelles qu'il connaît ou qu'il reconnaît, c'est simplement parce que plongés dans des situations parfois comparables, personnes et personnages n'agissent pas autrement. (Tristan Garcia, la meilleure part des hommes)

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