Roman érotique gay, inédit
Moi Julien, 26 ans, gay et prostitué
ou
le journal d'un ange perdu
.
1.
J’ai rencontré Julien un soir de grisaille. Un début de soirée d’automne. Dehors, il faisait froid. Inlassablement, la pluie ennuyeuse et déprimante tombait régulièrement depuis le petit matin. Les passants aux pas pressés s’évitaient entre eux cherchant aussi à éviter les gouttes de pluie froides et glacées qui leur tombaient dessus. J’étais installé dans un coin de la salle du fond un peu moins éclairé que le reste du bar. La musique en sourdine m’accompagnait dans mes pensées. Des pensées confuses emmêlées de désirs, de rêves et de réalités. Le gros de la clientèle était accoudée au comptoir à torcher rapidement en levant du coude de l’alcool anisé. Un petit groupe de quatre personnes parlait fort. Ils faisaient, défaisaient et refaisaient le monde à l’heure de l’apéro. Certaines brèves de comptoir sont tellement stupides que je préférais être un spectateur imperméable à toutes ces insignifiances. Ce brouhaha faisait partie de l’ambiance. Je l’acceptais.
Il est entré, les cheveux mouillés en bataille, il a balayé du regard le fond de la salle et s’est installé au coin opposé au mien, juste en face. Toujours perdu dans mes pensées, je le regardais sans le regarder. Il venait de se fondre dans le décor. Sa tenue décontractée et son jeune physique me laissaient penser qu’il devait avoir à peine 25 ans. Le regard triste, perdu dans des pensées que j’imaginais moroses et nostalgiques ; il commanda un chocolat chaud qu’il bu à petites gorgées sans réelle passion. Il fixait la page d’un livre qu’il venait d’ouvrir. Je l’observais depuis un bon moment déjà. Il fixait toujours la même page. Je ne sais pas pourquoi, mais un élan incontrôlable me poussa à me lever de ma chaise et à aller m’asseoir à sa table. Il leva les yeux. Des yeux tristes et humides. J’ai pas pu m’empêcher de lui lancer une banalité du genre : « Vous avez l’air triste… . » Je regrettais à peine ma boutade qu’il rajouta : « J’ai l’air… mais j’ai aussi la chanson ». Je venais de me rendre compte que mon intrusion dans l’émotion du moment de ce garçon était déplacée. « Je suis désolé de vous déranger, j’avais simplement envie de vous parler, mais je vois que ce n’est pas le moment… ». Il essuya une larme et eut un petit sourire au coin des lèvres. « J’vous assure, vous ne me dérangez pas, vous pouvez rester, je crois que moi aussi j’ai envie de parler… . » Je lui répondis par un sourire complaisant. Mon regard se posa sur le livre ouvert devant lui, l’objet de sa souffrance. Il était ouvert en son milieu sur un cahier d’album photo. La photo représentait un homme jovial et souriant. Il posait devant le photographe pour un cliché souvenir. J’en déduisis que cet homme était l’auteur du livre. En le désignant du doigt, je demandais au jeune homme si il le connaissait. Il me répondit que oui. J’en concluais qu’il représentait à ce moment précis la source de son chagrin. « C’est lui qui vous met dans cet état-là ? » Il hocha d’un signe de la tête. En retournant le livre pour mieux voir la photo, je compris tout de suite de quoi il en était. Je venais de prendre une claque dans la gueule. C’était le portrait et le livre du célèbre sociologue Marcel Pérone. Célèbre dans son domaine et célèbre pour le grand public car il était très médiatisé. Il ne ratait pas une émission de télévision pour développer sa thèse et défendre son dernier bouquin. Je l’ai récemment vu à la télé dans une émission sur la sexualité. Son dernier livre en date : « L’amour n’a pas de sexe » Livre dans lequel il défendait l’idée bien sur que l’amour n’a pas de sexe dans le sens où l’on peut rencontrer et aimer d’amour une personne sans que ce soit un choix sexuel. La sexualité étant aléatoire, elle se définit ensuite comme un acte naturel voire comme un acte instinctif. Les contradicteurs présents sur le plateau s’indignaient sur la naïveté des propos du professeur Pérone, notamment un représentant de la ligue « Gays et lesbiennes, égalité pour tous » qui affirmait haut et fort que le choix amoureux d’une personne était avant tout un choix sexuel, qu’il soit hétéro, gay ou lesbien. Après ce débat télévisé sans grand intérêt pour l’élévation spirituelle de l’humanité, le professeur Pérone a vu ses ventes monter à plus de trois cent mille exemplaires.
La dramatique du moment ne m’inspirait pas à dialoguer sur le sujet du livre avec Julien. Depuis ce matin, toutes les radios et les télévisions annonçaient la disparition du professeur Pérone, mort accidentellement dans un accident de hors-bord au large des Caraïbes. J’avais du mal à faire le rapprochement avec le professeur et Julien. Je ne voyais rien de très précis. Je pris le risque de lui demander, sans trop y croire : « Vous le connaissiez ? » Il me répondit un oui plein de mélancolie. Il termina son chocolat, ramassa le livre et se leva pour partir. Un peu surpris par la réaction du jeune homme, je me suis levé aussi en lui présentant ma carte de visite. « Je vous trouve très fragile en ce moment, tenez, prenez ma carte et si vous avez envie de vous confier à quelqu’un, n’hésitez pas, appelez-moi, je serai heureux de vous revoir… » Il prit la carte, la glissa dans le livre et disparu sous la pluie.
…
Le surlendemain, un message sur mon répondeur disait ceci : « Bonjour monsieur Saint Bois, c’est Julien. Nous nous sommes rencontré l’autre soir dans un bar. J’aimerai vous revoir… Vous pouvez m’appeler au … »
Le rendez-vous a été pris l’après-midi même chez moi. Il est arrivé vers quinze heures, habillé de la même façon que l’avant veille, mal rasé et l’air toujours aussi triste. Après les politesses d’usages, il s’est présenté et m’a raconté une grande partie de sa courte vie :
- « Je m’appelle Julien, j’ai vingt-six ans. Je suis homosexuel et je…me prostitue. » Le décor était posé. Sa voix tremblotait un peu. Il venait certainement de dire des choses qu’il n’avait jamais dites à personne, aussi franchement, directement, froidement, ainsi, comme si il se parlait à lui-même, comme s’il s’avouait à voix haute sa propre vérité et sa vérité était dure à entendre. Moi qui, confortablement assis devant mon ordinateur, je créais des personnages, j’inventais des vies particulières, des histoires scabreuses, violentes ou érotiques. Je partais souvent dans des délires fantastiques et imaginaires. Je me complaisais souvent, dans mes livres érotiques, à soigner mon style pour décrire un sentiment, une sensation, une caresse, une pénétration ou une éjaculation. Je décortiquais des situations conventionnelles, des événements prétendus vécus, des personnages presque ordinaires, d’autres exceptionnels, des scènes de sexes usées ou faciles pour l’amateur avisé de littérature érotique ou de films pornographiques. Je me disais à l’instant que devant moi j’avais la dure réalité de la vie. Ce gamin venait de me balancer en pleine figure et en quelques mots sa dramatique à lui : Je suis homosexuel et prostitué… Toute sa souffrance était concentrée dans cette lourde phrase, la difficulté d’être, d’exister : Je suis homosexuel… et le monde impitoyable dans lequel il pataugeait : … et prostitué ! Un homme de joie… Un fossoyeur de la sexualité…Un ange du sexe… La suite fut un concentré sur les grandes lignes de sa vie qu’il voulait bien me témoigner. Son franc parler manquait de vocabulaire. Bien souvent une courte phrase était chargée de sens et d’expériences. Je me suis autorisé à le retranscrire à ma manière, sans rien ajouter, autant que ma mémoire me permettait de retenir ce qu’il m’avait dit. Il disait à peu près ceci :
- « Je ne cherche pas à me justifier. Ce qui m’est arrivé quand j’étais adolescent a certainement influencé ma vie d’adulte. Les mauvaises histoires ont toutes une influence sur ses propres choix et sa façon de vivre. Il y a dix ans, j’étais au lycée. Je préparais un diplôme en architecture. Je voulais être architecte. Mon père, ce con, s’est flingué ! On n’a jamais su pourquoi. Je lui en veux encore aujourd’hui. Maman aussi. Elle n’en parle jamais, mais je sens qu’elle lui en veut encore. C’est à cette époque que j’ai commencé à déconner. J’avais quinze ans. Je me foutais de mes études, mes notes étaient délirantes, je m’engueulais tout le temps avec mes profs et mes copains de classe. Avec le recul, je me rends compte que j’étais devenu un rebelle, que je refusais l’autorité et que j’emmerdais tout le monde. Les seules choses qui m’intéressaient, c’était fumer des clopes, j’ai même touché à la drogue. Je m’en suis défait rapidement, je ne trouvais rien d’intéressant à fumer du hasch. Je parle des effets que cela procure. Je préférais boire, c’était plus agréable et plus convivial. Dans cette période, j’ai aussi découvert le cul. Je draguais comme un malade toutes les filles qui croisaient mon chemin, je baisais comme un fou celles qui acceptaient. Prêt à faire de nouvelles expériences, j’en suis venu naturellement à baiser avec des mecs. Au début, j’étais un peu troublé de toucher un garçon. J’ai pu faire la différence entre une relation hétéro et une relation homo. Avec une fille t’es maître de la situation. La fille se laisse faire, tu dois lui donner du plaisir. T’es là pour ça. Avec un mec c’est différent. Le plaisir est le même, ce qu’il peut te faire, tu peux le lui faire. Tu joues avec son corps comme à une fille et lui il peut jouer avec le tien comme une fille ne saura jamais le faire avec toi. Les rapports sont francs. Sans ambiguïtés. C’est baiser pour baiser. Il n’y a pas de rapport de force. C’est prendre le plaisir à l’état brut. Avec une fille c’est plus fleur bleue. Tu lui donnes du plaisir mais en même temps tu te sens responsable et tu deviens protecteur. Les filles aiment beaucoup se sentir en sécurité, protégées par leurs mecs. Entre mecs, y’a pas vraiment de sentiments d’amour et encore moins de possessions. Et puis il y a ce mystère de l’orgasme féminin. L’orgasme multiple. Chez un mec, t’es vachement excité, tu bande, tu jouis et c’est fini. Chez une fille, si elle est prête, elle peut avoir deux ou trois orgasmes et parfois plus. Si elle a déjà décollé une fois ou deux, parfois une étreinte ou un doigt bien placé suffit à en déclencher un autre… C’est fou. Pire encore, il parait qu’ils sont tous différents. Alors que chez un mec, ils sont tous pareils.
Evidement j’ai pas eu mon bac. J’ai rien dit à maman. Je lui ai fait croire que je l’avais et que je voulais continuer mes études pour me spécialiser. Le problème c’était que la seule école où j’avais trouvé de la place se trouvait à deux cent kilomètres de la maison. Encore un mensonge. Elle a accepté et m’a aidée financièrement. J’ai profité de son aide pour m’éclater dans cette grande ville pendant deux ans. J’ai tout fait. Les pires conneries que peut faire un gosse de dix-huit ans livré à lui-même. Je sortais tous les soirs en boite. La drague, la baise, les coins chauds, les backrooms, les saunas et tout le reste… J’étais un client fidèle de ces endroits. La baise la plus facile c’était les endroits à mecs. Au bout d’un moment je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de succès avec mon cul. Ils étaient tous intéressés par mon physique et mon cul. Certains types qui me draguaient, me proposaient de l’argent en échange d’une enculade. J’ai fini par accepter de me faire payer. Au début je me suis fait beaucoup d’argent, j’ai justifié ce fric à maman en lui faisant croire que je bossais en dehors des cours dans un restaurant. J’avais aucune idée de ce que pouvait gagner un serveur. Elle me disait que j’étais bien payé, ce qui l’a soulagée. Elle n’était plus obligée de m’aider. D’après elle je devenais indépendant financièrement. Elle en était fière. Bosser à l’école et travailler dur le soir et le week-end pour m’en sortir, elle disait que j’étais sur le droit chemin. Dans mon mensonge, je la rendais heureuse. Le problème pour moi, puisqu’elle ne m’aidait plus financièrement, c’est que j’étais obligé de tapiner un peu plus pour m’assurer un revenu suffisant pour vivre. J’étais tombé dans un cercle vicieux. Je ne savais rien faire d’autre. J’étais donc obligé de tapiner, d’en faire mon métier. Gagner de l’argent en vendant son cul, c’est plus facile et plus lucratif que de bosser à l’usine pour cinq mille balles par mois. Je ne me plains pas, j’aimais ce que je faisais et j’aime toujours ce que je fais. Avec le temps et l’expérience, je me suis fait un cercle fidèle d’amis-clients. Une clientèle masculine et féminine que je rencontre régulièrement sur rendez-vous. A côté, je ne peux pas m’empêcher de tapiner de temps en temps. Juste pour le jeu de la séduction. Je crois surtout que je tapine pour le plaisir de choisir le client et pas l’inverse. J’aime bien dire non à un client qui ne m’intéresse pas. Ce change les règles du jeu. »
- « Ca vous ennuie de me parler du professeur Pérone ? L’autre jour vous donniez l’air de le connaître… »
Marcel Pérone est bien rentré des Caraïbes, mais allongé dans une belle boite en chêne.
- « Vous continuez la rédaction de votre journal ? »
- « Non, j’ai arrêté le jour où j’ai appris sa mort. Je peux plus écrire, je ne peux pas m’empêcher de penser à lui, alors j’écris plus… »
Il serrait fermement contre lui un sac en plastique. Je devinais à l’intérieur du sac la présence d’un grand cahier d’écolier. Sûrement son manuscrit. Il n’osait plus rien dire, plus rien faire. Il était temps d’arrêter son supplice. Il avait souhaité me voir, c’était sûrement pour soulager sa conscience mais aussi pour se soulager d’un manuscrit devenu encombrant pour lui.
« Ca vous ennuierai de me faire lire votre journal ? »
Une petite étincelle venait de s’allumer dans son regard. Il me tendit le sac en plastique et ce qu’il contenait. J’eus la pudeur de ne pas sortir le cahier.
- « Merci de votre confiance. Je vous promets de le lire et de vous donner mon opinion. Par contre, je vous sens très impliqué dans la rédaction de ce journal. Je n’ai pas de conseil à vous donner, mais je pense qu’il vous serait bénéfique de reprendre sa rédaction. Vous voulez bien ? »
Il acquiesça en souriant. Nous nous quittâmes. Lui, les poches pleines de courage, et moi, lecteur du journal que voici :
Il fait chaud. Je ne sais pas quoi écrire. Pourtant je me suis avancé. J’ai promis. J’avais promis de m’y mettre. Je ne sais pas par où commencer. Bien, je me lance et même si c’est mauvais, tant pis pour lui. J’avais promis
Je me suis levé à 11 heures. Un peu la gueule de bois. Normal, j’avais picolé hier. J’ai tapiné trois fois dans la
soirée. J’ai baisé trois fois et j’ai picolé trois fois. Quand je dis « j’ai baisé » Je devrais préciser « je me suis fait baiser » plutôt ! J’ai bu du
whisky. Je ne sais pas si je dois raconter ce que j’ai fait mais j’ai eu trois clients. Trois coups à 50 Euros chacun. Le premier vers minuit. Il m’a accosté au comptoir de la discothèque. Il
avait l’air pressé. « Une urgence, qu’il m’a dit. « Je bande comme un con et je dois me vider les couilles. C’est combien ? » Une fois arrivé dans les
chiottes, j’ai pas eu le temps de dégrafer mon pantalon que le sien était déjà sur ses chevilles. Il bandait raide. Il m’a retourné et m’a aidé à baisser le mien. Il a enfilé un préservatif
et m’a pénétré violemment. J’ai eu mal. L’enculé, j’ai eu très mal. Dix secondes plus tard, il avait fini son affaire. Il était pas vraiment pressé, il était surtout pressé de baiser. En
remontant sa braguette, j’avais eu le temps de voir qu’il portait une alliance au doigt. Il était marié et son urgence à lui était de se faire le cul d’un mec. Peut-être que sa femme
refuse…J’étais dégoûté. Mais bon, je ne vais pas faire la fine bouche, un client c’est un client, marié ou pas marié, c’est mon job. J’avais bien mérité mes 50 Euros.
Je me suis consolé avec deux whiskies. Un peu plus tard dans la soirée, je dansais sur la piste au milieu d’une
foule nombreuse, j’ai senti une main racoleuse sur mes fesses. C’était un mec, la cinquantaine, ses yeux brillaient. J’ai retiré sa main de mes fesses et je lui ai glissé à l’oreille mon tarif.
Sans tiquer il m’a répondu : "Ok ! Je t’attends dans les chiottes !" Une fois enfermés dans la cabine, il s’est collé à moi. Il voulait me rouler une pelle. Il
sentait la clope et l’alcool. Je me suis reculé en lui disant que j’embrassais pas. Il a baissé mon froc et m’a retourné. Il s’est baissé et cherchait à me bouffer le cul. Je l’ai laissé faire.
Quand j’ai senti sa langue humide sur mon anus, j’ai failli éclater de rire en pensant que je devais pas être très propre de ce côté-là à cause de l’autre qui m’a sodomisé tout à l’heure.
Tant pis pour lui, s’il veut faire le ménage… Il était arrivé à m’exciter. Je bandais dur. En passant sa main sous mes jambes, il s’en était rendu compte. Maintenant il me suçait le cul en me
branlant la queue. Il m’a retourné et m’a sucé la queue. Ce type n’était pas comme les autres. D’habitude ils me payent pour m’enculer. Les pédés entre eux se font plein de choses. Ils se sucent
la queue, le cul et plein d’autres choses encore. Ils se sodomisent pas toujours ou pas tout le temps, parfois, jamais. Alors les frustrés du trou de balle viennent me voir et me payent pour
m’enculer, juste pour se payer un cul. Un tapin, c’est fait pour ça, pas pour être sucé. Celui-là me faisait l’amour comme s’il m’avait dragué. Il s’est relevé, m’a montré fièrement
sa queue bandée et m’a dit : Suce-moi ! C’est ce que j’ai fait. Il était content. Puis il a rajouté : si tu veux bien m’enculer, je te donne deux billets. Alors là,
j’étais le cul parterre. Ca m’était jamais arrivé qu’un client me demande que je l’encule, je parle du tapin, avec mes clients à la maison c’est pas pareil. J’ai mis un préservatif et je me suis
mis au travail. Un peu plus tard dans la nuit, mon troisième client m’a sodomisé sur le parking de la boite, couché sur le capot d’une berline allemande.
Lessivé, je suis rentré me coucher à quatre heures du matin. Sur mon répondeur il y a deux messages. J’ai pas envie de les écouter. Pas maintenant. C’est sûrement des clients qui veulent me voir. Sur le moment, j’ai envie de prendre un cachet effervescent pour m’enlever mon mal de but.
3.
16 heures.
Je viens de relire ce que j’ai écris hier. C’est pas folichon. Pas ce qui m’est arrivé. Je veux parler de mon style. Je suis sûr que je n’ai pas de style. J’ai jamais été fort en rédac’ à l’école, je parle même pas de l’orthographe. Il faut dire que mes intérêts étaient portés ailleurs, avec les copains…derrière le collège et souvent dans les chiottes à fumer des clopes et à faire des trucs entre mecs…
J’ai écris hier que j’avais eu deux messages sur mon répondeur. C’était Martine. Une de mes fidèles clientes. Elle me donnait rendez-vous souvent le samedi, à chaque fois dans un hôtel à l’autre bout de la ville. Je l’aime bien Martine. Elle me donne toujours deux cents Euros. Pour ce prix-là je lui bouffe la chatte et le trou du cul. Elle adore. Ca la fait crier comme une folle. Quand elle crie, j’ai souvent honte à cause que ça gênerait les autres clients de l’hôtel. Un jour elle m’a dit que ça gênait personnes et que si l’après-midi y avait des gens dans cet hôtel, ils étaient là pour faire comme nous, pour baiser, et qu’elle aimait l’idée qu’ils pouvaient être excités à l’entendre crier. Elle aimait donc que je lui bouffe le cul et la chatte. Un jour elle m’avait dit qu’elle adorait qu’on lui fasse ces gâteries et que son mari refusait de les lui faire. C’est pour ça qu’elle avait cherché un type comme moi, qu’elle me rencontrait comme elle voulait, quand elle avait envie. Quand je dis un mec comme moi, je veux dire un homosexuel. Elle m’a dit que les pédés sont les seuls à savoir sucer, que les autres, les hétéros ne pensent qu’à leur bite et qu’ils ne cherchent qu’à la fourrer dans un trou. Son mari sait pas ce qu’il perd. Le con. Moi je l’aime bien Martine, surtout ce que je lui fais. J’aime bien lui bouffer la chatte et le trou du cul. Elle a jamais demandé de la pénétrer. Je lui ai jamais proposé. J’adore son cul, c’est tout doux et ça sent bon. Ca me change de mes clients habituels et de ceux que je rencontre lorsque je tapine. Pour une fois que personne ne cherche à m’enculer. Je suis heureux dans ces moment-là.
Le deuxième client est venu le soir à la maison. C’était Jean-Guy, un client devenu ami, mais toujours client. Quand il vient, il passe souvent la nuit à la maison. Il me donne deux cents Euros, m’apporte des fleurs et des fois, des bonbons ou des chocolats. Hier, il est venu avec une bouteille de champagne, à cause de la chaleur. L’été s’annonce très chaud. Jean-Guy est un solitaire sentimental. C’est quelqu’un de bien. De grandes responsabilités dans une grosse boite. Du fric mais célibataire. La quarantaine passée, s’il a réussi son ascension sociale, il a raté sa vie sentimentale. Un jour il m’a dit : - j’ai trop de travail, trop de responsabilités, j’ai pas le temps de m’emmerder à vivre avec quelqu’un, ça compliquerait ma vie, tu comprends ? Je comprenais pas vraiment, mais j’imagine que s’il était toujours au travail et jamais chez lui, la personne qui vivrait avec lui, passerait sa vie à l’attendre… Alors il venait chez moi passer deux ou trois nuits par mois, ont baisait comme des fous et dans tous les sens. Cette nuit c’est moi qui me suis occupé de lui, j’ai passé une bonne partie de la nuit à le caresser, à le sucer et à l’enculer. Il était heureux. Ce matin, il est parti chargé à bloc, le sourire aux lèvres, la tête pleine de tendresse et prêt à affronter ses responsabilités comme un vaillant soldat qu’il était. Moi aussi j’étais heureux, mais je me suis retrouvé seul avec mon quotidien.
Je ne sais pas si je vais sortir ce soir. J’ai rien à faire aujourd’hui. C’est dimanche. A l’heure qu’il est j’ai envie de rester peinard. Il est bientôt 17 heures et j’ai faim.
Je suis pas sorti hier et j’avais pas de rendez-vous. C’était dimanche. Aujourd’hui c’est férié et j’ai envie de glander toute la journée. Il fait très beau. Si j’ai du courage, j’irais ce soir au ciné. J’ai regardé d’un œil amusé, le défilé du 14 juillet aux champs Elysée à la télé. Pour ne pas entendre les conneries du journaliste, j’avais coupé le son. Pour ne pas être dérangé, j’ai débranché le téléphone et laissé éteint mon portable. Comble de la paresse, j’ai pas envie de prendre ma douche, on verra ce soir.
Il est minuit et je viens de rentrer et j’avais envie de reprendre la rédaction de ce journal. Je commence à y prendre goût. Je suis allé au ciné. J’ai vu un film intéressant. Mon voisin a cherché à me passer une main sur la cuisse. Je l’ai gentiment repoussé. Je lui ai fait comprendre que ce n’était pas le moment. A la fin du film, mon voisin avait disparu vers d’autres aventures. Tant mieux, je voulais pas baiser. Le programme de la télé n’est pas intéressant. J’ai toujours pas branché mes téléphones. On verra demain. J’ai sommeil. Bonsoir ! Je vais me coucher.
Mardi 15 …
Rien.
Il est dix heures du matin. J’ai très mal dormi. Maman a essayé de me téléphoner dimanche. Je l’ai rappelé hier. Elle voulait savoir si j’allais bien. Elle me demande toujours si je vais bien. Elle téléphone souvent le dimanche. Elle sait qu’en semaine je suis très occupé par mon travail. Elle croit que je travaille dans le bureau d’études d’un architecte. Heureusement qu’elle habite à deux cents kilomètres de chez moi, sinon elle serait là tous les jours. Elle me demande à chaque fois si je ne me mets pas en ménage. Ca doit l’inquiéter de me savoir célibataire. Elle ne sait pas pour le tapin, encore moins pour mon homosexualité. J’ai jamais osé lui dire. Je suis sur qu’elle comprendrait, surtout depuis qu’elle est veuve. Mon père est mort il y a dix ans. Il s’est suicidé. On a jamais su pourquoi. J’avais seize ans, je lui en veux encore de nous avoir abandonné maman et moi. Avec sa décision à la con, je pense qu’il est responsable de ce que je suis aujourd’hui, je vais pas me plaindre, j’aime bien ce que je fais et la vie que j’ai. Seulement j’aurais peut-être pu être l’architecte que je rêvais d’être. Sans soutiens, j’ai raté mes études et j’ai fait croire à maman le contraire. Elle avait besoin de réconfort. Un gros mensonge. Je m’en veux un peu, je suis dans une impasse. On verra plus tard.
Côté cul, le tapin dans le jardin public m’a rapporté cent Euros. Deux clients. Le premier m’a enculé vite fait bien fait. Une urgence comme je les aime (30 secondes). Le deuxième voulait uniquement me sucer. J’ai laissé faire, il m’a branlé et sucé jusqu'à ce que je jouisse. Il a avalé mon sperme. En partant, il m’a remercié. Je suis rentré à deux heures du matin après être passé au bar des « Deux Folles » boire un pot avec des copains et à discuter de tout et de rien, surtout de rien !
6.
15 heures
Hier, j’avais un peu les boules. Le fait de parler à ma mère, de me remémorer le mensonge, de repenser à ma vie, des choses que l’on fait ou que l’on aurait aimé faire, enfin de tout quoi ! Les envies les regrets… je me suis forcé à rédiger ce foutu journal. Je me demande toujours si c’est une bonne chose. Après tout, c’est pas si terrible que ça de raconter sa vie au jour le jour. Ce qui me fait chier, c’est que j’en viens toujours à parler de petits détails qui me dirigent vers mon passé et je déterre ainsi de vieux souvenirs pas toujours très bons ou des situations que j’ai pas réglé avec moi-même. En fin de journée, j’étais pas chaud pour sortir. J’avais pas envie de traîner dans le square. Je sais, tapiner est un job à plein temps. Côté fric, j’ai un peu d’avance et pourtant, un jour qui passe sans rien gagner est un jour perdu. Le téléphone sonne…
Il est 18 heures.
Jean Philippe m’a téléphoné. Il voulait réserver ma soirée. Ca tombe bien, puisque je n’ai pas envie de sortir. J’ai commandé deux repas chez le Chinois, je vais mettre le couvert. Il me reste plus qu’à prendre une bonne douche. Il arrive vers les vingt heures. Je suis content, nous allons passer une excellente soirée.
A demain cher journal…
7.
14 heures.
Aujourd’hui, j’ai une pêche d’enfer. Le week-end s’annonce super peinard. Je vais passer le Week-end à m’éclater. Jean Philippe est parti ce matin à dix heures. Je suis resté au lit à tirer ma garce. Je me suis levé à midi. Je viens à peine de finir mon petit déjeuner et je me prépare à sortir faire les boutiques. J’ai envie de me faire plaisir. Comme d’habitude, Jean Philippe m’a donné trois cents Euros. Nous avons passé une super nuit d’amour. Je dois dire qu’il est un peu spécial, pas méchant mais spécial. Il est arrivé hier soir après vingt heures, sa valise à la main et son grand sourire. Nous avons mangé chinois. Il adore ça, moi aussi. Nous avons discuté un bon moment avant de nous coucher. Il m’a encore raconté sa vie. Des événements que je connaissais déjà, rajoutés à ceux qui se sont passés depuis notre dernière rencontre. Il aime beaucoup parler de lui, il est venu pour ça et pour baiser, alors je l’écoute et je me rends disponible. Ses besoins ne sont pas réguliers. Il peut se passer trois mois entre deux rendez-vous. Parfois plus, des fois : un mois. Je dois préciser que Jean Philippe est un homme qui a 45 ans, qu’il est marié et père de quatre enfants. Il est important de le préciser. Surtout après ce que je vais expliquer de notre nuit.
Il a ouvert sa valise. « La boite à malice ». J’aime bien sa valise, elle est étrange et fascinante. Dedans y’a plein d’objets. Des jouets pour adultes. Des jouets un peu, même très spéciaux. Il a pris la poire à lavement et l’embout de douche en inox et est parti dans la salle de bain. J’ai débarrassé la table, il en avait pour un bon moment (à cause du lavement…) Je me suis déshabillé, couché et j’ai attendu. Il est sorti de la salle de bains nu, propre et avec un grand sourire, il bandait à moitié. Il est venu me rejoindre dans le lit. Il m’a caressé un moment, m’a sucé et m’a enculé doucement, tendrement, jusqu'à ce qu’il jouisse, puis il s’est retourné, c’était à moi de l’enculer. J’ai jouis dans son cul avec beaucoup de plaisir. Nous avons fait une pause cigarette. Il m’a raconté des choses sur ses gosses, l’école, l’éducation, sa complicité avec sa femme, qu’il l’aimait tendrement… Chaque fois qu’il venait, il me disait qu’il lui était impossible de faire avec sa femme ce que nous allions faire un peu plus tard. Il ne pouvait le faire qu’avec un mec. Qu’il aimait aussi sucer et enculer un mec et se faire enculer par un mec. Qu’il aimait aussi faire l’amour avec sa femme, mais que c’était différent et qu’en fin de compte il aimait faire l’amour avec les deux sexes. Un vrai bisexuel quoi ! Qu’il était heureux de me connaître et que tout était bien ainsi.
A la fin de la deuxième cigarette, il s’est mis à genoux et m’a présenté sa bite que je devais sucer pour l’exciter. Dès qu’il bandait dur il s’est mis à quatre pattes et m’a dit : je suis prêt !
C’était à moi de jouer. J’ai pris dans la valise à malice le pot de graisse et j’en ai mis une belle couche sur sa raie grande ouverte. J’ai insisté sur son anus. Un bon paquet. Au milieu des godes et des plugs, j’ai choisi mon préféré. Le gode de la queue en latex de Ken Ryker : 29 centimètres ! J’ai joué à le rentrer et le sortir dans son anus un bon moment. Il gémissait fort en criant : oui, encore… vas’y… encore… Ensuite j’ai enfilé un gant en vinyle et j’ai encore mis de la graisse sur sa raie et j’ai enfoncé ma main dedans. Ma main était entrée jusqu’au poignet. Il poussait du cul en criant. Il voulait que j’entre encore plus. Il transpirait de partout. Moi aussi. J’avançais lentement. Ma main encastrée dans son rectum avait du mal à aller plus loin. Arrivé à la moitié de l’avant bras, je commençais à fatiguer. Il ne fallait pas abuser. J’ai retiré ma main, il est tombé sur le lit comme un mort. J’ai retourné le gant plein de glaires, de sperme et de merde. Je suis allé dans les chiottes pour le jeter. Nous avons dormi apaisés et très fatigués. Au réveil, il m’a sucé une dernière fois, juste pour la route qu’il a dit. En partant ce matin, il m’a roulé une pelle monstrueuse en me promettant de revenir bientôt. Il était heureux, moi aussi. Je n’ai pas été obligé de tapiner dans la rue, et je me prépare à passer un super Week-end.
Je vais prendre une douche, je vais manger un bout et je sors…. Salut journal… !
8.
Au soir.
Je suis crevé. Je viens de passer un Week-end du tonnerre. Vendredi après-midi j’ai fait les boutiques. J’ai dépensé un peu de fric. Mais je me suis fait plaisir. Le soir j’ai rencontré des potes. Nous sommes allés au restau, puis en boite. On s’est éclatés. Dans la soirée, je me suis fait draguer deux fois par des types pas très clairs. Je les ai repoussés. J’avais décidé de pas baiser ce Week-end.
J’ai pas baisé ce Week-end.
Des mini vacances quoi ! Le samedi matin, je me suis levé tôt. J’avais envie de parler à ma mère. J’ai téléphoné. Pour en finir, j’ai pris un billet de train et je suis allé la voir. Je suis arrivé vers 13 heures. Une surprise m’attendait. J’ai pas été content. Je pensais pouvoir passer la journée avec elle. Elle a profité de ma visite pour inviter ses copines et les filles de ses copines. Toutes des filles à marier. J’ai senti le coup de traf’.
Sans me fâcher avec maman, je lui ai montré mon mécontentement et j’ai repris le train en fin de journée. Tard dans la soirée, j’ai retrouvé mes potes et nous sommes retourné en boite.
Hier, dimanche, je suis resté toute la journée à la maison. J’ai pas eu de visite, pas de coup de téléphone. Je suis resté peinard à regarder la télé, à lire un peu et à visionner un film que j’avais loué. Des fois, je me dis que je devrais bosser. J’arrive pas à culpabiliser. Le samedi et le dimanche sont les meilleurs jours pour tapiner. Mais bon, j’avais pas envie et j’ai passé un super Week-end.